Rien ne s’oppose à la nuit

Delphine de Vigan (2011)

Morceau choisi: Goodbye Lenin ! de Yann Tiersen

“Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.”
C’est par cette phrase que l’éditeur ouvre la quatrième de couverture du livre et il faut bien admettre que ces quelques mots résument parfaitement le récit de l’auteur.

Dans Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan dépoussière les souvenirs enfouis, remue les émotions de chacun, remonte dans le temps à la recherche de sa mère. Cette mère qu’elle a pourtant bien connu, qu’elle a aimé, mais qui est partie avec ses secrets. Il reste des zones d’ombre dans l’histoire de cette femme fragile, des non-dits dans cette famille déracinée et qui empêchent l’auteur de vivre pleinement sa vie.
Alors, dans sa quête de vérité, Delphine interroge ses oncles et ses tantes, elle mène une véritable enquête – enregistrements audio des témoignages de chacun à l’appui- pour retrouver celle qu’elle a finalement trop peu connu.

Elle avance, dans son enquête comme dans le récit, puis soudain, s’interroge. A-t-elle toute légitimité pour écrire et renouer avec des douleurs enterrées? Sa mère, sa soeur et sa famille toute entière accepteront-elles que leur histoire soit révélée au grand jour? Si Delphine de Vigan écrit à la recherche de sa mère, elle doit nécessairement évoquer les relations au sein de la fratrie, le personnage trouble de son grand-père. Elle doit aussi écrire sur ceux qui ne sont plus là, des oncles et des tantes décédées. C’est une quête qui fait mal, qui blesse l’auteur mais qui lui est nécessaire.

Que penser alors de ce roman si particulier?
Tout d’abord, qu’il ne laisse pas indifférent. De Vigan écrit avec ses tripes, elle ne cherche pas à préserver le lecteur. S’il faut parler de cadavre, de corps bleui par la mort ou de crise de folie, elle le fait sans concession. Mais en dépit des sujets très difficiles qu’elle balaie dans ce roman, son écriture est belle, fluide et nous invite à la suivre dans sa recherche. Chaque personnage se dévoile finement au fil des pages et nous raconte un peu plus Lucile, la mère, mais aussi tous les autres. Rien ne s’oppose à la nuit reflète le talent de l’écrivain, c’est incontestable.
Cela dit, bien qu’ayant été séduite par la plume de De Vigan et marquée par ce récit, je n’en garde pas moins quelques impressions pénibles. Ce ressenti, je le dois à l’histoire en elle-même et à l’intimité dans laquelle l’auteur nous plonge. C’est un récit difficile, souvent violent. Les moments de détresse, d’espoir, de tristesse, de courage par lesquels l’auteur passe, je les ai vécus également. De Vigan nous emporte avec elle et ne nous laisse pas d’autre choix. Aucune issue, aucune échappatoire. Il faut subir avec elle, faire face comme elle à ce qu’elle traverse. Je suis peut-être un peu trop sensible, je n’ai peut-être pas su prendre suffisamment de recul face à ce roman. Toujours est-il qu’il m’a collé à la peau et que, souvent, mon ventre s’est noué. Suis-je seule dans ce cas? Je suis curieuse de connaître votre ressenti.

Quoi qu’il en soit, Rien ne s’oppose à la nuit est un beau récit, terrible et heureux à la fois. Et puissant. Peut-être trop, d’ailleurs.

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