Kafka sur le rivage

Haruki Murakami (2007)

Morceau choisi: J’y suis jamais allé de Yann Tiersen

J’ai découvert Murakami un peu avant le Salon du Livre de cette année (et qui avait pour invités d’honneur, rappelons-le, les écrivains japonais) et j’ai été littéralement transportée et sidérée par le talent et la plume de cet auteur. Ce billet sera donc un véritable éloge à cet écrivain et à son roman, Kafka sur le rivage.

D’abord, le titre. Kafka sur le rivage. Ca ne vous interpelle pas, vous? Je crois que j’ai choisi cet ouvrage de Murakami pour son titre, en premier lieu. Tout au long du récit, j’ai cherché à éclaircir le mystère de ce choix, sans y parvenir réellement. Certes, Murakami a le don de créer des univers fantasmagoriques, oniriques qui pourraient s’apparenter un peu à ceux de Kafka. Mais la ressemblance s’arrête là. Là où l’univers kafkaïen nous transporte dans des situations où l’absurde et l’absence de logique règnent en maîtres, Murakami tisse pour nous un monde doré, plein de couleurs et de nuages. Un monde comme une bulle de savon, entre rêve et réalité, mais qui ne verse jamais dans l’absurde. D’ailleurs, l’auteur, bien qu’il reconnaisse adorer les ouvrages de Franz Kafka se défend d’avoir voulu s’en inspirer.

Plus simplement, Kafka Tamura c’est le nom d’un jeune japonais de 15 ans qui, le jour de son anniversaire, fuit sa maison à la suite d’une prophétie prononcée par son père. Cette prophétie fait de lui un nouvel Oedipe en prédisant qu’il sera coupable de parricide et d’inceste. Seulement, Kafka n’a jamais connu sa mère ni sa soeur, dont il est pourtant question dans la prophétie. Un roman empreint de joie et d’allégresse, me direz-vous. Et bien oui. Parce que la fugue de ce jeune homme va s’avérer plus salvatrice qu’il n’y paraît et l’emmener sur des chemins qu’il n’aurait même pas oser imaginer. Au cours de ce voyage, il fera la connaissance de Sakura ou encore de Mademoiselle Saeki. Ces deux femmes joueront des rôles importants dans la quête d’identité de Kafka mais elle sèmeront également le doute dans son esprit: ces deux femmes, pourraient-elles être sa soeur, sa mère? Tout au long du récit, Kafka cherchera à fuir la prophétie en craignant souvent de l’avoir réalisée. Son cheminement sera similaire en certains points à celui de Nakata, un vieil homme qui passe pour un idiot amnésique mais qui a la capacité de parler aux chats comme personne. Kafka et Nakata mèneront les deux “intrigues” du roman, et l’action de l’un aura toujours des répercussions sur la vie de l’autre.

Kafka sur le rivage est tellement riche de rencontres, d’indices, de suppositions, qu’il est difficile d’en faire le résumé sans trop en dévoiler. Et surtout, on y découvre à chaque page des détails qui, quelques lignes plus loin, s’avèrent être des éléments clés du récit. Ce roman regorge d’informations mais aussi de mystères et de zones d’ombre qui le restent jusqu’à la dernière page. Murakami s’abstient volontairement de faire des liens entre les différents personnages, entre des évènements antérieurs et leurs impacts sur le quotidien des protagonistes et laisse au lecteur le choix de tisser la trame du récit. C’est un roman qui peut paraître, au premier regard, assez complexe. Cependant, Murakami ne nous laisse jamais seuls avec nos interrogations. Et, au fond, ces questions s’effacent rapidement et laissent place au voyage que nous propose l’auteur dans un univers qui lui est propre et dans lequel on se laisse volontiers aller.

C’est un roman onirique, beau et touchant à la fois. Un roman qui laisse nos âmes d’enfants s’exprimer, s’émerveiller devant une pluie de poissons, s’extasier devant la pierre de l’entrée. Pour finir, c’est un roman inclassable, à la fois initiatique, fantastique, onirique, philosophique et qui déborde de références en tous genre. Il s’agit de mon premier roman japonais et il m’a donné très envie de continuer de voyager aux côtés de ces auteurs et de Murakami en particulier.

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2 réponses à “Kafka sur le rivage

  1. Pingback: Quand la musique est bonne « litte100rature

  2. Ton billet dit tout! 😉 Tout comme toi c’est le titre qui m’a interpellé et donné envie de le lire car à la base j’aime énormément Kafka et notamment  » La métamorphose » et pourtant c’est vrai que les deux n’ont pas grand chose en commun; là ou Kafka nous emmène dans des univers noirs aux personnages torturés et incompris Murakami tisse un monde beacoup plus « idillyque »! Un très bon livre

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