Archives mensuelles : mai 2012

Rosa Candida

Audur Ava Ólafsdóttir
2007

Morceau choisi: Bury my head de Kate Walsh

Ce petit roman qui nous vient tout droit d’Islande concentre tous les ingrédients d’un succès inévitable auprès des lecteurs. On y parle d’amour, de roses, de vie, de foi et de renaissance. Ces thématiques, réunies dans un même ouvrage, et racontées avec douceur et exotisme arracheraient une larme d’émotion au plus insensible d’entre nous (ou un léger sourire attendri, c’est selon).

Rosa Candida raconte l’histoire d’Arnljótur, un jeune homme qui choisit de quitter son Islande natale pour rejoindre un monastère reculé dans un pays dont le nom ne nous sera jamais révélé. Mais Arnljótur ne part pas vide. Il embarque avec lui son passé qui prend tour à tour les traits d’une photographie d’enfant, de trois boutures d’une rose unique ou encore d’un vieux pull tricoté par sa mère. Le souvenir de sa mère, disparue accidentellement, ne le lâche pas et c’est pour cette passionnée d’horticulture qu’il part travailler dans la roseraie de ce monastère mystérieux. Son voyage s’apparente à un cheminement initiatique et son passé, un peu trop pesant pour ses jeunes épaules de 22 ans, va s’avérer être la force qui le guide et qui lui permet de donner un sens à son existence.
C’est dans cette région inconnue qu’il donnera vie à sa mère sous la forme d’un jardin; c’est là aussi qu’il prendra pleinement conscience de son rôle de père par « accident », et c’est encore ici qu’il se rapprochera de son père et de son frère restés en Islande. En somme, le monastère et sa roseraie formeront le terreau nécessaire à son épanouissement et à l’homme qu’il sera alors en passe de devenir. Passé, présent et futur se rencontreront entre deux fleurs et cohabiteront enfin sereinement.

Si j’ai apprécié la poésie qui émane de ces instants de vie sous la plume d’Audur Ava Ólafsdóttir, je reproche tout de même au roman quelques longueurs. Il me semble que la première moitié du récit peine à débuter tandis que la seconde est pleine de surprises, de révélations et de rebondissements. Le roman est en quelque sorte mal équilibré: on n’entre dans le coeur du récit qu’après une longue introduction de chacun des personnages et de son histoire. Mais c’est certainement aussi un choix de l’auteur que de faire patienter son lecteur. Le récit progresse au rythme de son personnage principal, l’écriture concorde avec les évènements de sa vie et les décisions qu’il est amené à prendre. Finalement, sa vie d’avant son départ n’est qu’une trève, un arrêt sur image avant le grand saut dans sa vie d’adulte. Et ce récit, bien qu’il traite à plusieurs reprises de la mère décédée à travers les mots du jeune Arnljótur ou de ceux de son père est bel et bien un récit ancré dans le présent. C’est le quotidien du narrateur que nous suivons page après page, un quotidien empreint de nostalgie et de souvenirs mais également résolument tourné vers l’avenir.
C’est pourquoi, en dépit de ce léger déséquilibre, Rosa Candida n’en reste pas moins un roman plaisant, joli et hors du temps. La lecture en est extrêmement facile et avec des mots simples, l’auteur nous emmène avec elle dans cette contrée lointaine où les enfants ont des boucles d’or et où les roses colorent la vie. C’est un roman plein de pudeur, de spontanéité et de quiétude. Un roman qui suspend le temps présent et qui donne à savourer un instant sucré, comme volé.

Rendez-vous manqué avec Dostoïevski

Je l’avais annoncé il y a quelques temps sur la page Facebook de ce blog, mon prochain billet devait porter sur l’histoire des Frères Karamazov de l’illustre Fiodor Dostoïevski. Seulement, voilà, j’ai beau lutter, rien n’y fait. Les trois frères, leur père et les femmes qui traversent ce roman me laissent de marbre. Totalement.  J’ai laborieusement lu les 200 premières pages de ce grand classique sans pouvoir m’attacher aux personnages ni à l’intrigue. Une intrigue que j’ai d’ailleurs toujours du mal à cerner: le profil psychologique des uns et des autres se dessine peu à peu, des rivalités entre les frères ou avec leur père surgissent également mais rien de très prenant. J’ai le sentiment que ce roman peine à débuter et à prendre son réel envol.

Je connaissais pourtant la trame générale du récit avant d’en lire les premières pages et j’avais été tentée par l’intrigue, par ce drame familial et par les différents personnages qui l’initient. C’était donc bien décidée à ne faire qu’une bouchée des ces frères que j’avais entrepris la lecture du roman. Une motivation et une envie qui sont rapidement retombées comme un soufflé, hélas. Le manque d’entrain, d’allant du récit, les considérations métaphysiques, spirituelles et religieuses des uns et des autres et les personnages presque caricaturaux des frères et du père ont eu raison de moi. Et je m’en sens presque honteuse. Comment peut-on renier un tel roman, c’est la question que vous devez être en train de vous poser. Et c’est celle que je me pose également.

Mais c’est un fait, Les Frères Karamazov m’offrent une sacrée résistance. Et, je n’ai pourtant pas pour habitude de laisser tomber un ouvrage. Certains m’ont déjà donné du fil à retordre (Homme invisible, pour qui chantes-tu? de Ralph Ellison par exemple) mais, tel un preux chevalier, j’ai toujours combattu et vaincu. Aujourd’hui, je rends les armes et hisse le drapeau blanc face à Fiodor.
Toutefois, je n’ai pas encore dit mon (tout) dernier mot. Je mets de côté Les Frères Karamazov pour l’instant, mais j’y reviendrai. Le temps de faire une pause, de découvrir d’autres auteurs, d’apprécier d’autres récits et je reprendrai le cours de celui-ci.

En attendant, vous trouverez prochainement sur ce blog un billet sur Rosa Candida d’Audur Ava Olasfdottir et un autre sur Les Grandes Espérances de Dickens, lectures plus faciles, je l’espère !

A très vite

Les livres d’avril 2012

Litte100rature se nourrit de tous les genres, de toutes les époques et vous propose ici les 4 derniers billets publiés:

* Le désormais célèbre Kafka sur le rivage de Haruki Murakami

* Un classique balzacien sous les traits du Père Goriot

* Une bande-dessinée récemment parue et qui brosse un panorama des Hommes de Lettres français par Catherine Meurisse

* Le dernier roman de Jean-Michel Guenassia: Le Club des Incorrigibles Optimistes

Que vous soyez classique ou contemporain, BD ou roman, littérature française ou étrangère, vous trouverez de quoi satisfaire vos envies de lecture !

A très vite