Archives mensuelles : juin 2012

Quand la musique est bonne

Désormais, les mots se lisent mais ils s’écoutent aussi !

Pour rendre mes chroniques encore plus agréables, et l’invitation à la lecture encore plus grande, un morceau musical accompagnera désormais chacune d’entre elles. L’idée est de choisir une musique qui reflète au mieux l’esprit du livre ou le thème qu’il aborde.

J’ai passé en revue mes derniers billets et voici la petite playlist que je vous propose:

* Pour Sukkwan Island, j’ai choisi Lux Aeterna de Clint Mansell.
Vous le connaissez, il s’agit du thème principal du film Requiem for a dream. Et ce choix s’est, en quelque sorte, imposé à moi tant les points communs entre ce livre et le film de Darren Aronofsky sont nombreux: une atmosphère étouffante, dérangeante et parfois même insupportable.

* Pour Rosa Candida, une musique douce et poétique était essentielle pour rappeler l’univers du livre et la délicatesse de l’écriture de Audur Ava Ólafsdóttir. C’est pourquoi, j’ai choisi Bury my head de Kate Walsh pour l’illustrer.

* Trouver une musique pour Kafka sur le rivage n’a pas été une mince affaire. C’est un livre pluriel, multiple, presque caméléon. Cela dit, mon choix s’est tout de même porté sur Yann Tiersen et son morceau J’y suis jamais allé (B.O du film Amélie Poulain) pour sa poésie et l’invitation au voyage qu’il propose.

* Au contraire du livre précédent, choisir une musique pour illustrer Le Vieil homme et la mer a été facile. L’intrigue se déroule à Cuba et le récit porte en lui des sonorités latines, rappelant les côtes cubaines et le travail acharné de ce vieux pêcheur. Je vous propose donc de voyager avec Chan Chan de Buena Vista Social Club

* Pour Le Père Goriot, j’ai choisi Morgane de toi de Renaud. Léger anachronisme me direz-vous. En plus, le Père Goriot n’a pas franchement la gouaille de Mister Renard. C’est vrai. Mais le Père Goriot est fou de ses filles et tout le livre est empli de cet amour aveugle et démesuré. Alors voilà, Goriot transposé dans les années 1990, c’est un peu Renaud et Lolita.

* Je ressors une nouvelle fois Yann Tiersen des placards pour illuster Rien ne s’oppose à la nuit. Mais cette fois-ci, c’est Goodbye Lenin ! que j’ai choisi pour la nostalgie qu’il traduit.

* Anna Karénine ne méritait rien de moins que le grand Tchaïkovski. Anna est impériale, c’est une battante, elle fait fi des lois qui cherchent à entraver sa liberté de femme, sa liberté d’aimer ! Alors, pour rendre hommage à cette reine, j’ai choisi Le lac des cygnes.

* Enfin, Le Club des Incorrigibles Optimistes est un récit tellement riche, fort en tristesse et en joie, en drames présents et en souvenirs enfouis qu’il fallait une musique à sa hauteur. J’ai opté pour Something More d’Emilie Simon qui invite à la douceur et au voyage mais qui n’est pas sans évoquer la nostalgie et une certaine douleur, celle de l’exil par exemple.

Ce choix de musiques est évidemment très personnel et ne reflète que ma lecture des textes. Si vous avez d’autres suggestions ou si vous êtes carrément en désaccord avec certains choix, n’hésitez pas à l’exprimer !

Et, je n’ai pas encore trouvé de musique pour illustrer Homme invisible, pour qui chantes-tu? . A bon entendeur…

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Sukkwan Island

David Vann (2008)
Roman américain
Prix Médicis étranger (2010)

Morceau choisi: Lux Aeterna de Clint Mansell

Ce roman partait d’une idée noble: faire se rencontrer un père et son fils sur une île perdue au milieu de nulle part pour qu’ils s’appréhendent, qu’ils se découvrent sous un nouveau jour dans l’espoir que, peut-être, ils parviennent à tisser un lien. 

Je me suis donc plongée au coeur de Sukkwan Island pleine d’optimisme et d’impatience (comme pour chacun des livres que j’entame, d’ailleurs), espérant assister à la naissance d’une relation belle et forte entre Jim et Roy, son garçon.
Hélas, il n’en fut jamais question. Certes, le père et son fils apprennent peu à peu à se connaître et s’entraident pour survivre dans cet environnement hostile mais point de lien filial en vue. La faute à un père un peu parasité par tout ce qu’il a laissé dans sa vie d’avant et à un fils qui subit cette situation et qui tient constamment son père à bonne distance. (Les idéalistes qui espèrent encore un happy-ending, passez votre chemin, ça va se corser.)
Au lieu de cela, les deux hommes évoluent pas à pas sur cette île, et c’est sans électricité et sans autre ressource que leurs mains qu’ils creusent un cellier de fortune à travers la glace pour y stocker leur nourriture. C’est également seuls qu’ils s’initient à l’art de la chasse, dans un territoire où la nuit n’est jamais très loin. Privés de tout confort, même le plus rudimentaire, ils poursuivent leur aventure, sans avoir pour autre objectif que d’améliorer un tant soit peu leur quotidien et de protéger leurs vivres des ours affamés. Nous sommes ainsi plongés dans le quotidien de Jim et de Roy, un quotidien un peu sombre, à l’image de l’île et duquel le fils vient à se lasser.

Et David Vann pousse progressivement son récit jusqu’à atteindre un point de non retour, un élément qui fait basculer le roman dans l’horreur, irrémédiablement. A partir de cet évènement tragique, la lecture devient laborieuse et pénible. L’auteur ne nous épargne aucun détail sur la violence des scènes qui s’enchaînent et décrit avec un réalisme dérangeant le corps mort, le désespoir et la haine.

Je ne suis pas parvenue à supporter ce récit jusqu’au bout et j’en ai abandonné la lecture aux trois quarts environ. Ce qui aurait pu se contenter d’être un Into the Wild  inter-générationnel se transforme en roman qui vous donne la nausée. Non merci. Le réalisme, d’accord, mais pas au point de faire subir au lecteur l’expérience de la détresse et de l’horreur pure.

Cela dit, je ne condamne pas Sukkwan Island. C’est un récit très fort, qui sait vous prendre aux tripes, et l’histoire est pour le moins originale. Un père et son enfant de 13 ans, condamnés à vivre ensemble, sans aucune aide exterieure et pouvant seulement compter sur d’épisodiques ravitaillements par avion. Les deux protagonistes doivent survivre ensemble, ils n’ont pas d’autre choix et ce, malgré les défaillances d’un père qui n’arrive pas à renaître, à se défaire de ses vieux démons. Ce père qui, voulant troquer son ancien costume contre un nouveau, un costume qui ferait de lui et de son fils des hommes neufs, se rate complètement. Au lieu d’être le berceau d’une nouvelle vie, Sukkwan Island se fait le tombeau de l’ancienne.

C’est, en tous cas, un récit qui m’a marquée au fer rouge mais que j’ai trouvé trop dérangeant, trop éprouvant pour en tourner jusqu’à la dernière page.