Sukkwan Island

David Vann (2008)
Roman américain
Prix Médicis étranger (2010)

Morceau choisi: Lux Aeterna de Clint Mansell

Ce roman partait d’une idée noble: faire se rencontrer un père et son fils sur une île perdue au milieu de nulle part pour qu’ils s’appréhendent, qu’ils se découvrent sous un nouveau jour dans l’espoir que, peut-être, ils parviennent à tisser un lien. 

Je me suis donc plongée au coeur de Sukkwan Island pleine d’optimisme et d’impatience (comme pour chacun des livres que j’entame, d’ailleurs), espérant assister à la naissance d’une relation belle et forte entre Jim et Roy, son garçon.
Hélas, il n’en fut jamais question. Certes, le père et son fils apprennent peu à peu à se connaître et s’entraident pour survivre dans cet environnement hostile mais point de lien filial en vue. La faute à un père un peu parasité par tout ce qu’il a laissé dans sa vie d’avant et à un fils qui subit cette situation et qui tient constamment son père à bonne distance. (Les idéalistes qui espèrent encore un happy-ending, passez votre chemin, ça va se corser.)
Au lieu de cela, les deux hommes évoluent pas à pas sur cette île, et c’est sans électricité et sans autre ressource que leurs mains qu’ils creusent un cellier de fortune à travers la glace pour y stocker leur nourriture. C’est également seuls qu’ils s’initient à l’art de la chasse, dans un territoire où la nuit n’est jamais très loin. Privés de tout confort, même le plus rudimentaire, ils poursuivent leur aventure, sans avoir pour autre objectif que d’améliorer un tant soit peu leur quotidien et de protéger leurs vivres des ours affamés. Nous sommes ainsi plongés dans le quotidien de Jim et de Roy, un quotidien un peu sombre, à l’image de l’île et duquel le fils vient à se lasser.

Et David Vann pousse progressivement son récit jusqu’à atteindre un point de non retour, un élément qui fait basculer le roman dans l’horreur, irrémédiablement. A partir de cet évènement tragique, la lecture devient laborieuse et pénible. L’auteur ne nous épargne aucun détail sur la violence des scènes qui s’enchaînent et décrit avec un réalisme dérangeant le corps mort, le désespoir et la haine.

Je ne suis pas parvenue à supporter ce récit jusqu’au bout et j’en ai abandonné la lecture aux trois quarts environ. Ce qui aurait pu se contenter d’être un Into the Wild  inter-générationnel se transforme en roman qui vous donne la nausée. Non merci. Le réalisme, d’accord, mais pas au point de faire subir au lecteur l’expérience de la détresse et de l’horreur pure.

Cela dit, je ne condamne pas Sukkwan Island. C’est un récit très fort, qui sait vous prendre aux tripes, et l’histoire est pour le moins originale. Un père et son enfant de 13 ans, condamnés à vivre ensemble, sans aucune aide exterieure et pouvant seulement compter sur d’épisodiques ravitaillements par avion. Les deux protagonistes doivent survivre ensemble, ils n’ont pas d’autre choix et ce, malgré les défaillances d’un père qui n’arrive pas à renaître, à se défaire de ses vieux démons. Ce père qui, voulant troquer son ancien costume contre un nouveau, un costume qui ferait de lui et de son fils des hommes neufs, se rate complètement. Au lieu d’être le berceau d’une nouvelle vie, Sukkwan Island se fait le tombeau de l’ancienne.

C’est, en tous cas, un récit qui m’a marquée au fer rouge mais que j’ai trouvé trop dérangeant, trop éprouvant pour en tourner jusqu’à la dernière page.

Publicités

4 réponses à “Sukkwan Island

  1. « Au lieu d’être le berceau d’une nouvelle vie, Sukkwan Island se fait le tombeau de l’ancienne. » Très joli !
    Je ne suis pas sûre que j’ai envie de lire tant de violence, mais il m’intrigue, c’est sûr. Peut-être qu’il trouvera un jour le chemin de ma bibliothèque !

  2. Merci !
    Si tu as le coeur bien accroché et que tu es adepte d’auto-flagellation, fonce. Plus sérieusement, c’est une véritable épreuve que de lire ce livre. La critique l’a porté aux nues, alors j’ai peut-être raté quelque chose, je ne sais pas. En tous cas, De Vigan à côté, c’est digne d’un Marivaux !

  3. Moi j’ai bien aimé ^^ Mais je supporte mieux 🙂

  4. Pingback: Quand la musique est bonne « litte100rature

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s