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Saules aveugles, femme endormie

Par Haruki Murakami (2005)

Un si joli titre pour une bien grande déception.

Découvrir Murakami par Kafka sur le rivage, c’est goûter au meilleur, d’entrée de jeu. La plume de l’écrivain se fait enchanteresse et nous emmène là où bon lui semble. Petits funambules, nous suivons sans nous questionner, sans vouloir revenir en arrière. Le voyage est trop beau. Je n’attendais rien de moins extraordinaire pour ce recueil de nouvelles de l’auteur japonais. Un titre qui invite à la rêverie, 23 nouvelles qui se font le condensé du talent immense de Murakami, j’étais conquise avant même de tourner la première page de ce livre. Et pourtant…

  Il y a si peu de magie, de fantaisie dans ce    recueil ! Je n’ai rien retrouvé de ce qui fait le génie de cet auteur, rien. Cet homme obsédé par les spaghetti, cette femme qui oublie son nom régulièrement depuis un an ou encore ce gardien de nuit terrifié par son propre reflet; Murakami a pourtant su créer des personnages sur-mesure, parfaitement taillés pour supporter les aventures dans lesquelles il aurait pu les précipiter. Au lieu de cela, on reste sur sa faim de la première à la dernière page du récit. Certes, certaines histoires ne sont pas sans rappeler Maupassant et son Horla et celles-ci ont su verser dans un fantastique inquiétant, dérangeant. Mais elles sont trop rares. Bien trop souvent, j’ai eu l’impression que Murakami mettait le point final à sa nouvelle au moment où elle aurait pu prendre son envol. D’intensité dramatique, je n’en ai pas vu. De féérie, de sublime, il n’y en a point.
J’ai même du mal à croire que le père de Kafka sur le rivage ait également enfanté de Saules aveugles, femme endormie. Ces nouvelles sont bien médiocres. Après tout, Murakami n’excelle peut être pas partout. La nouvelle est un genre bien à part et l’auteur a certainement besoin de plus d’espace pour emmener son lecteur avec lui. Quoi qu’il en soit, j’espérais un ouragan, je n’ai eu droit qu’à un souffle léger. Je me sens presque en colère contre cet auteur si doué ! C’est comme s’il avait trahi ses lecteurs en leur offrant une nourriture bien terrestre après les avoir habitués à l’ambroisie.

Aux habitués de l’auteur, je ne conseille pas ces nouvelles. A ceux à qui Murakami fait peur par son écriture fantasque, Saules aveugles… peut être un bon point de départ pour plonger (très) doucement dans l’univers de l’auteur sans crainte d’être trop déroutés.

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